Gardien de légende et entraineur réclamé, Zaki Badou est certainement la personnalité la plus appréciée du paysage footballistique national. Six mois après sa nomination aux commandes de la sélection, Mountakhab.net a eu le plaisir de revenir avec le coach des Lions de l'Atlas sur plusieurs aspects relatifs à la sélection, aux joueurs qui la composent , ceux qui n'ont pas été retenus et à sa vision d'une équipe forte et à ses objectifs. Autant de sujets inédits issus d'un entretien à cœur ouvert que nous vous proposons en trois parties...

Mountakhab.net: Après six mois à la tête de la sélection, quel bilan général faites-vous de cette période?
Zaki Badou: 
Avant de parler du bilan de l'équipe nationale, il faut qu'on se rappelle de la situation dans la quelle était l'équipe au moment où j'ai été nommé. Tout le monde sait que nous étions dans une situation catastrophique. Lors des dix dernières années, notre football a vécu une crise de résultats comme nous en avons jamais connu. Pire, au fil des contre-performances et des revers, le public a même commencé à se désintéresser de son équipe nationale. Pour confirmer ces maux, la presse rapportait régulièrement des comportements et des attitudes qui nuisaient à l'image de la sélection et qui se traduisaient par de piètres prestations sur le terrain. 

Mountakhab.net: Effectivement, tel était la situation "pré-Zaki", comment étaient vos premiers pas avec la sélection après votre retour?
Zaki Badou: 
Après ma nomination, j'ai commencé par tracer les contours de l'équipe nationale et les joueurs qui la formeront. Avec le staff, nous avons mis en place une feuille de route et nous avons identifié nos objectifs. Bien sûr, la priorité était indéniablement la Coupe d'Afrique qui devait être organisée dans notre pays. 
Après, j'ai commencé à prendre contact avec les joueurs. Je n'ai exclu personne de cette démarche, bien que j'étais au courant de tous les problèmes et des déboires causés par la plupart des joueurs, exception faite des éléments qui ne jouaient pas beaucoup ou étaient nouveau dans le groupe comme Omar El Kaddouri ou Mounir Obbadi . 
Je crois vraiment aux qualités des joueurs de cette génération et en leur capacité à redorer le blason de l'équipe nationale. Je suis certain qu'ils ont des qualités qui égalent ou même dépassent les éléments qui forment les cinq meilleures équipes africaines du moment. Mon rôle est de garantir les bonnes conditions et de trouver des hommes. Je ne vous cacherai pas, à 99% des cas, j'ai trouvé des joueurs à l'écoute et qui recevaient mon message. Vous allez me demander et le 1%? Je vous répondrai de manière directe, Adel Taarabt. Il était le seul qui ne m'avait pas donné la possibilité de communiquer avec lui et de l'écouter pour savoir si je peux compter sur lui ou pas. 

Mountakhab.net: La presse nationale et le public se sont posés des questions au sujet du niveau des équipes que nous avons rencontré dernièrement. Qu'en dites vous?
Zaki Badou:
 Depuis dix ans, j'entends sans arrêt qu'il n'y a pas plus d'équipes faibles en Afrique, que toutes les équipes se sont développées... bizarrement, 4 mois après mon retour en sélection, ces mêmes équipes sont redevenues faibles! Si nous avions gagné face aux Qatar, on aurait entendu le même discours, ce n'est qu'une faible équipe du Golfe... Nous avons joué contre la Libye avec une équipe formée de joueurs de mon plan C. Nous savions que leur sélection était regroupée pendent 15 jours, qu'ils sont champions d'Afrique en titre des Locaux, alors que notre sélection était éliminée au deuxième tour. On traite la Lybie d'équipe faible ou d'équipe forte selon nos humeurs. Il y a quelques mois, la sélection centrafricaine nous a pris 4 points sur deux matchs nuls, nous avions alors trouvé l'excuse, qu'il n'y a pas plus de petites équipes...nous avions alors commencé à douter et à ressortir des débats stériles. A dire que nous n'avons pas de joueurs pour évoluer en Afrique... Doit on convoquer des locaux ou des expatriés? l'absence de centres de formation... que des justifications sans sens très éloignées du fond du problème. N'oublions tout de même pas que la Tanzanie nous a pris trois points, la Gambie deux...toutes des sélections qu'on va traiter un jour de forte et l'autre jour, ah non elles sont faibles..!Ce qu'il faut se dire, si nous avions gagné contre ses équipes, nous serions partis en Coupe du Monde... J'ai entendu aussi que le Bénin est faible. Comment se fait il alors qu'ils étaient mieux lotis au classement FIFA? Nous serons peut être d'accord, que nous avons une certaine réputation en Afrique et une histoire footballistique plus riche que ces pays, mais nous serons aussi d'accord que le Cap Vert est mieux classé que nous et nous serons aussi d'accord qu'il n'y a pas lieu de comparer les ressources humaines, logistiques et financières de notre pays avec d'autres pays du continent. 
Après, on a commencé à critiquer le Zimbabwe qui aurait évolué avec des joueurs de l'équipe olympique (U23). Je rappelle juste que nous avons aussi des joueurs de moins de 23 ans comme Achraf Lazaar, Zakaria Labyad, Yassine Bounou, Ali Mhamadi...L'Algérie, défaite difficilement par l'Allemagne, a gagné difficilement face à l'Ethiopie (3-1). Si nous, nous avions gagné l’Éthiopie avec ce score, on aurait dit que c'est un petit score et que l’Éthiopie est une petite équipe. 
Le problème de beaucoup est qu'ils n'ont pas encore compris que l'équipe nationale est revenue au droit chemin et a retrouvé son statut. Gagner par trois, par quatre et par six ne m'a pas surpris et je vois ça comme un résultat normal en raison du travail effectué. En définitive, ce qui manquait à l'équipe nationale c'est juste le travail et la discipline. 


Mountakhab.net: Au sujet du travail fait, le début était au Portugal. Pouvez vous nous donner plus d'informations à ce sujet?
Zaki Badou: 
Effectivement, on a commencé au Portugal et on bouclé le stage en Russie, en passant par une concentration à El Jadida. Ce premier regroupement de l'équipe nationale avait lieu dans des conditions difficiles, sachant qu'il était hors du calendrier FIFA. En toute sincérité, si ce n'est l'aide des joueurs, qui ont convaincu leurs équipes de les laisser partir, nous n'aurions pas pu organiser le stage. J'ai trouvé une motivation et une écoute de la part de tout le monde. 
Lors de ce stage, je ne me suis pas du tout intéressé à l'aspect technique. Ce qui m'importais le plus était de voir les joueurs vivre ensemble et me faire une idée claire sur l'âme du groupe, connaitre le degré d'implication des joueurs et évaluer l'engagement de chaque élément. Il me fallait prendre les joueurs qui sont plus à même de suivre mon projet. Je savais que les conditions étaient difficiles, regrouper tout le monde pendent 3 semaines, en fin de saison, avec la fatigue de plusieurs mois d'exercice...autant de conditions qui favorisent les tensions et les conflits. 

Mountakhab.net: Donc ce stage vous a permis de vous faire une idée claire sur l'état de l'équipe.
Zaki Badou: 
Comme je disais l'aspect technique était secondaire. Je ne pouvais pas demander plus aux joueurs et j'étais très satisfait du degré d'engagement et de motivation.
Lors du premier match nous avons rencontré le Mozambique et nous avons réalisé une bonne prestation. Par la suite, face à l'Angola, nous avons fait tourner l'effectif et modifié l'équipe à 80%. Lors de cette rencontre nous avons tout fait sauf marquer et malgré la défaite par deux à zéro, nous avons beaucoup mieux évolué que notre vis-à-vis. Nous avons encaissé un but sur un balle arrêtée et un autre en fin de rencontre. 


Mountakhab.net: Qu'en est il du dernier match face à la Russie?
Zaki Badou: 
Lors de cette rencontre, nous avions en face une équipe organisée qui a fini ses préparations et qui était à une semaine de son premier match en Coupe du Monde, alors que nos joueurs étaient fatigués et n'attendaient que leurs congés. 
Après ce premier stage donc, je suis sorti avec la conviction que nous disposons d'assez de joueurs pour former une équipe compétitive, prête pour la Coupe d'Afrique et capable de redonner le sourire au public marocain. 

Mountakhab.net: Donc après le premier stage vous vous êtes fait une image claire des joueurs et de l'âme de l'équipe. Qu'en est il du deuxième?
Zaki Badou: 
Pour ce stage, nous avions l'avantage du calendrier FIFA, ce qui nous a permis de présélectionner un grand nombre de joueurs avant de réduire la liste à 23 éléments. Malheureusement, pas moins de 11 joueurs se sont blessés et certains postes étaient presque vacants. J'ai du changer de plan et chercher de nouveaux joueurs au lieu de construire avec un groupe complet. J'ai donc fait appel à Iajour et El Gnaoui par exemple. Malgré les critiques qui nous étaient adressées après le nul face au Qatar, nous étions mieux en place et nous nous sommes créés beaucoup d'occasions devant un adversaire bien organisé qui a su exploiter nos défaillances. Et justement, à ce sujet, je souligne une erreur de programmation que j'ai commise et que j'ai corrigé par la suite. En effet, jouer mercredi, comme nous l'avions fait contre le Qatar, ne nous laisser pas assez de temps pour nous préparer et mettre en place nos stratégies de jeu. Donc depuis, nous jouons jeudi.
Pour la rencontre contre la Libye, elle était de meilleure facture malgré l'absence de 11 joueurs et que nous ayons évolué avec des éléments du plan C. Au terme de ce stage, nous sommes sortis avec d'importants constats techniques. 


Mountakhab.net: Passant au troisième stage "La Centrafrique et le Kenya"...
Zaki Badou:
 En octobre, nous avions la chance d'avoir peu de blessés à l'exception de trois ou quatre absences en milieu de terrain. Nous avons gagné la Centrafrique par quatre à zéro malgré que certains postes étaient occupés par des joueurs du plan B. Lors de cette rencontre, tout le monde a vu que l'équipe avait commencé à retrouver de la combativité, de l'engagement physique devant une équipe bien organisée. La même chose vaut pour le match face au Kenya. J'avais alors déclaré que l'équipe type est prête à 80% et que je cherche encore 20%, qui nous permettront de nous éviter des problèmes en cas de blessures avec des solutions de rechange. 

Mountakhab.net: Ce stage a connu le retour de Boussoufa. Pouvez vous nous dire plus à ce sujet?
Zaki Badou: 
Effectivement, je l'avais convoqué. A cette époque, j'entendais beaucoup de critiques à son égard. On disait que Boussoufa n'est plus valable, qu'il n'apporte rien à la sélection... Je crois qu'il a lui même répondu à tout ceux qui ne croyaient pas en lui. Il a confirmé, sur le terrain, tout le bien que je pensais de lui. Tout le Monde a vu que la présence de Boussoufa est très importante dans la construction offensive. 

Mountakhab.net: Et finalement le dernier stage en date avec le Bénin et le Zimbabwe...
Zaki Badou: 
La liste de novembre avait apporté beaucoup de surprises. Younes Belhanda qui était titulaire lors de la dernière rencontre ainsi que Barrada et El Arabi n'étaient pas convoqués. Le destin a voulu aussi que Boussoufa se blesse et soit absent aux deux rencontres. J'ai convoqué Labyad bien qu'il n'était pas encore parfaitement remis afin de lui permettre de retrouver l'équipe nationale et son atmosphère. Je crois beaucoup en lui. Comme Assaidi, c'est un joueur qui peut faire la différence tout seul à n'importe quel moment.

Mountakhab.net: Vous avez eu beaucoup de critiques au sujet des modifications faites sur cette dernière liste. Que pouvez vous dire à ce sujet?
Zaki Badou:
 Ces changements ont permis "aux Savants du football marocain" de crier haut et fort que je suis toujours entrain de tester des joueurs et de critiquer à tout va...Après, tout le monde a compris, que l'équipe nationale commence à avoir des constantes claires et même au niveau du banc de touche, on commence à avoir des solutions claires. Les deux rencontres ont montré à tout le monde que l'équipe nationale est sur le bon chemin. Le match face au Zimbabwe a été très utile. Nous sommes parvenus à revenir au score devant un adversaire qui s'est bien regroupé en défense et qui était excessivement agressif sur certaines actions. 


Mountakhab.net: Après cette série de stages et tout le travail accompli, quelles sont les principales conclusions que vous en avez tiré? 
Zaki Badou:
 J'étais convaincu que l'équipe nationale réussira un bon parcours lors de la CAN et que nous avions nos chances pour la gagner. Le travail fourni lors des derniers mois et le faite de jouer devant notre public étaient autant d'atouts. Je suis aussi très fier des joueurs et je le dis clairement, nous avons des joueurs de la même trompe que ceux qui composent les meilleures équipes africaines. Nous avons aligné cinq victoires de suite, c'est bien mais c'est pas le plus important. L'essentiel est la manière de jouer et le niveau de cohésion entre les joueurs. Un rendement que nous avons réussi à mettre en place en peu de temps alors que nous échouons depuis 10 ans de manière continue... A un moins et demi de la CAN, je crois que le contrat est rempli et que nous avons une équipe qui aurait pu concourir pour le titre. Hélas, nous resterons sur notre faim mais on continuera le travail.

 

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