Le Maroc veut organiser le Mondial 2026. Mais combien doit-il réellement investir? Dans quels domaines? Sur quelle durée? Le360sport a contacté l’économiste expert en méthodes quantitatives, Saadeddine Igamane, pour avoir la réponse.

 

Le 13 juin prochain, le monde connaîtra l’identité du pays hôte de la Coupe du Monde 2026. Le Maroc, qui dépose sa candidature pour la cinquième fois après 1994, 1998, 2006 et 2010, est en concurrence avec le trio nord-américain États-Unis, Canada et le Mexique.

Au-delà de l’aspect purement sportif de cet événement planétaire, le Royaume mise sur l’organisation de la Coupe du Monde pour accélérer son développement. Mais à quel prix?

Généralement, le budget nécessaire dépend de l’état des infrastructures du pays (infrastructure sportive, routière, hôtelière, transport commun, etc.).
Dans le cas des pays développés, l’organisation d’une telle manifestation ne demande que quelques centaines de millions de dollars. À titre d’exemple, les Coupes du Monde 1998 et 2006 n’ont coûté, à la France et à l’Allemagne, que 500 et 600 millions de dollars.

Par contre pour les pays émergents, la facture est plus salée. En 2014, le Brésil a dépensé plus de 15 milliards de dollars, la Russie, cette année, plus de 27 milliards de dollars et le Qatar pour 2022 a prévu de gaspiller plus de 200 milliards de dollars.

Quid de Maroc 2026?
Pour le Maroc, une nation de foot et un pays touristique en voie de développement, l’organisation d’un tel événement pourrait lui coûter plus de 15.8 milliards dollars (3 milliards pour le sportif et 9.6 milliards pour le non sportif). Objectif: se conformer aux normes exigées par la FIFA.

Cependant, Saadeddine Igamane, économiste expert en méthodes quantitatives et professeur habilité en sociologie à la faculté de Lettres et des Sciences Humaines de Fès, nous rappelle que des charges supplémentaires doivent être comptabilisées. “Il ne faut pas oublier les coûts de l’entretien de ces nouvelles constructions et le manque à gagner qui peut surgir suite à la non-utilisation optimale après le mondial”, nous explique-t-il.

Avant de rajouter: “la vraie facture devrait être plus élevée si on considère le volet environnemental et surtout social”.

Igamane met également en garde contre l’accentuation des inégalités interrégionales puisque “la croissance intéressera plus les villes et régions concernées par la Coupe du Monde”. 

Toujours selon Igamane, les investissements ne devraient pas être réorientés vers le Mondial au détriment d’autres priorités. “Cet événement devrait s’inscrire dans une véritable stratégie qui se poursuit sur le long terme, pour une croissance durable et égalitaire, basée sur une redistribution des richesses”, a-t-il conclu.

Ainsi, l’organisation d’un événement sportif telle la Coupe du Monde de la FIFA est une arme à double tranchant pour un pays émergent: un montreur de développement, mais également un investissement qui coûte une petite fortune.

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