De façon générale, le financement de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur a connu une augmentation entre 2001 et 2012.

Pour les trois cycles, primaire, collège et lycée, l’enveloppe est passée de 19,59 milliards de DH à 48,2 milliards. Dans les détails, le coût de chaque élève dans le primaire est passé de 3.000 DH à 4.800 DH entre 2001 et 2011. Cela s’explique plus par un effet de changement démographique que par une progression de l’effort financier. Car, durant cette période, «la population des enfants en âge de scolarisation a baissé. Ce qui a contribué relativement à l’augmentation du coût unitaire», peut-on lire dans le rapport.

Les efforts de l’Etat ont été largement concentrés sur ces deux cycles, comme cela est souligné par l’évaluation effectuée par le Conseil de Azziman. Ce document fait ressortir une autre aberration qui a marqué le système de financement. En 2005, les frais relatifs à l’opération de départ volontaire ont été comptabilisés en tant que dépenses de fonctionnement. Résultats, les données montrent une augmentation du coût par élève au niveau de chaque cycle. Or, il s’agit là d’une hausse fictive.

Au niveau du supérieur, le budget global a plus que doublé entre 2001 et 2013, passant de 4,18 milliards de DH à 9,66 milliards. Sauf que cette hausse cache une grande disparité au niveau de la prise en charge des dépenses de formation en fonction des filières.

Déperditions à cause de l’abandon scolaire

De façon générale, le rapport met l’accent sur un écart des coûts par étudiant entre les branches régulées et non régulées. Pour les filières à accès réglementé, comme les facultés de médecine, les grandes écoles et les instituts des ingénieurs, les dépenses par étudiant sont 3 fois plus élevées que dans les autres branches, notamment des sciences économiques, juridiques et sociales. Cela s’explique notamment par «les taux d’encadrement qui sont meilleurs dans les établissements régulés». Sauf que ces derniers ont également vu le budget alloué à chaque étudiant baisser durant les dernières années. Car, l’évolution du nombre des inscrits a été plus importante que celle des ressources mobilisées. «Les initiatives de 10.000 ingénieurs et 3.300 médecins à l’horizon 2020, ainsi que l’incitation des autres établissements à accès régulé à admettre plus d’étudiants ont induit une forte augmentation des effectifs, sans une progression adéquate des ressources financières». Or, il s’agit de filières de formation de profils pointus, qui nécessitent la mobilisation de moyens pour assurer les résultats escomptés. Mais il faut dire que la situation est pire dans les branches non régulées, notamment les facultés qui ont vu leurs effectifs doubler entre 2001 et 2011. Or, «cette tendance à la hausse, qui va se poursuivre, n’a pas été suivie par une augmentation des ressources au même rythme».

Les pertes financières liées aux dysfonctionnements du système éducatif sont aggravées par le taux élevé de l’abandon scolaire, en dépit des efforts menés par l’Etat. En 2011, ces déperditions ont représenté plus de 10% du budget de fonctionnement global de l’Education nationale, soit 2,46 milliards de DH. Mais il faut préciser que ce montant a reculé par rapport à 2005, où il était de 3,4 milliards. Ces chiffres ne concernent que les abandons enregistrés durant la période de scolarisation obligatoire, et risquent d’être plus important si les cycles supérieurs sont également intégrés au calcul.

Le gouffre financier se creuse aussi si l’on prend en considération les ressources mobilisées par l’Etat pour accorder une deuxième chance aux élèves ayant quitté les bancs de l’école. Par exemple, en 2012, le budget alloué au système d’éducation non formelle a atteint 51 millions de DH.

Des ressources inexploitées

C’EST connu, le budget d’investissement mobilisé par l’Etat est rarement complètement absorbé par les différents départements ministériels. Au niveau de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, l’écart est encore plus important entre les ressources mobilisées et les dépenses réelles. Ce qui montre le niveau de gaspillage de moyens décisifs pour assurer la mise à niveau du système éducatif. Par exemple, en 2011, l’enveloppe d’investissement mobilisée a atteint 5 milliards de DH, mais le taux d’absorption reste «dérisoire», avec seulement 0,8 milliard, soit 16,1%. Globalement, entre 2009 et 2011, sur les 19,6 milliards de DH consacrés à l’investissement et 21,18 milliards de DH aux matériels et dépenses diverses, le niveau d’exécution a été d’à peine 57 et 67%.

Source : MarocPress