Comme il est coutume chaque vendredi nous partageons avec vous un article précieux de notre frère Dr Tarik Abou Nour. Cette semaine sur l'importance de "je ne sais pas" chez nos Salafs.

Nos salafs (dans le vrai sens du terme) i.e pieux prédécesseurs,ne se précipitaient pas pour la fatwa malgré leur science et montrait de la sagesse et du scrupule! On signale l'exemple de compagnons qui refusaient de répondre aux questions et préféraient renvoyer le requérant à d'autres, par humilité et pour se décharger de la lourde responsabilité morale qu'impliquait l'exercice d'une telle fonction[1]. L'imam Abû-Hanîfah disait: « Si je ne craignais la perte de la science, je me serais abstenu de répondre aux questions »[2]

L'imam Malik disait: le Paradis du savant c'est "je ne sais pas".

Al-Haytham Ibn Jamîl rapporte : « J’ai entendu l’Imam Mâlik , interrogé sur 48 questions ; et il a répondu à 32 questions (parmi les 48 ) par « je ne sais pas » ». 

قال إمامنا مالك في حكمه 
الجدل ليس من هذا الدين 
روى الهيثم بن جميل أنه سمع مالكا سئل عن 48 مسألة أجاب عن 32 بلا أدري 


Que pouvons nous déduire de cela ? 

Il est important de signaler qu’il y a plusieurs types de questions : 

1. la question qui n'attend pas de réponse: al-jidâl et al-mirâ: ceci est blâmable: des gens de la sorte il faut leur donner raison et/ou les ignorer.(comme le fait de vouloir montrer qu'on sait!) 

2. la question qui concerne ce qui est tue en Islam (al-maskûtu 'anhu): ne pas répondre par crainte de Dieu: car si Dieu et son Prophète (paix et salut sur lui) se sont abstenus de nous dire plus sur un tel sujet c'est pour nous faciliter la vie. 

3. la question qui cherche la 'petite bête ' ou les détails inutiles ou les sujets à divergences ou les questions sur « la couleur de la vache »: les savants 'salaf' ne répondaient pas à ce genre de question: pour ne pas alimenter de débat inutiles ...Et le Prophète (paix et salut sur lui) nous informe que ce qui a fait périr les communautés avant nous, c’était de trop poser de questions à leurs Prophètes.

4. des questions sur 'Al-mutashâbih' comme 'l'établissement de Dieu sur le trône': idem voir le comportement de l'Imâm Mâlik (sur notre site doctrine-malikite). 

5. Enfin l'Imâm Mâlik voulait donner une leçon à tous ceux qui répondent à tout, et qui donnent des Fatwas à tout va: car la Fatwa est une lourde responsabilité et celui qui se presse vers la Fatwa se presse vers l'Enfer voir le sujet : 'danger de la Fatwa et conditions d'interprétation. 

Par contre le prophète (paix et salut sur lui) disait: 'Apprenez les obligations (Al-farâid) et enseignez les aux gens

Le nécessaire (l'essentiel) de la science de la religion doit être appris aux gens et les gens qui connaissent ont le devoir de l'apprendre aux gens et répondre à leur questions: ce nécessaire comprend: la prière obligatoire, le jeûne, la Zakât....

Sur un autre plan, il est déconseillé de poser trop de questions (et d'y insister) pour en savoir encore plus sur une question religieuse et de chercher trop les détails car il est possible que les réponses données dévoilent des obligations qui ne peuvent pas être assumées:

Dieu dit dans le Coran : 'Ô les croyants ! Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient divulguées, vous mécontenteraient. Et si vous posez des questions à leur sujet, pendant que le Coran est révélé, elles vous seront divulguées. Allah vous a pardonné cela. Et Allah est Pardonneur et Indulgent. Un peuple avant vous avait posé des questions (pareilles) puis, devinrent de leur fait mécréants. '. (S.5 : Al-mâida, 101 et 102) 

Le Coran nous cite l’exemple des fils d’Israël qui ont posé des questions sur la nature de la vache qu’il devait immolé, puis comment elle est, puis sa couleur…Et Dieu a fini par leur rendre les choses difficiles et leur a indiqué une vache qu’il ont acheté par son poids en or, alors que s’ils avaient sacrifié n’importe quelle vache : cela aurait suffit : (voir Sourate versets :67-74). 

On constate de plus en plus chez beaucoup de jeunes de nos jours une recherche minutieuse des détails et complications et une négligence (ou ignorance) des bases même de la religion. 

Ce phénomène dangereux et inquiétant est du essentiellement à la mauvaise compréhension de la religion et parfois aussi à l’oisiveté

Le fait de s’occuper des détails (ou banches à divergence connue) et négliger l’essentiel, est le reflet d’une insouciance et de l’aveuglement de la personne. 

Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit, selon ce que rapporte Bukhârî en se référant au témoignage d'Abû Hurayra : 'Ce que je vous ai interdit, évitez-le. Ce que je vous ai ordonné de faire, acquittez-vous- en selon vos possibilités. Avant vous, beaucoup ont péri à cause de leurs nombreuses questions et des divergences qui les ont opposées à leurs prophètes.' 

D'après Abû Tha'laba Al-Khushnî: 
Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit: 
« Dieu a instauré certaines prescriptions: ne les négligez pas. 
Il a fixé des limites: ne les outrepassez pas. 
Il a interdit des choses: ne les violez pas. 
Et Il a tu certaines choses par miséricorde pour vous et non point par omission: ne vous-en enquérez donc pas. » 
Rapporté par At-tabarânî et autres. 

Le goût de la discussion spécieuse et de la chicanerie caractérise bien les gens de cœur malade et de mauvaise foi:
Le Prophète (paix et salut sur lui) nous proscrit trois choses : « Le commérage, la dilapidation de l’argent, et la curiosité excessive (ou trop poser de questions) : (kathrata as-suâl) » 

Abû umâma Al-Bahîlî a dit :le Messager d'Allah (paix et salut sur lui)  a dit : « Je me porte garant qu'il aura une demeure dans l'enceinte du Paradis, quiconque abandonne une discussion âpre même si elle de son droit (même s'il a raison) ; une demeure au milieu du Paradis à quiconque laisse le mensonge même en plaisantant ; et une demeure au sommet du Paradis à quiconque jouit d'un bon caractère » 
Rapporté par Abû Dâwud (Hadîth Sahîh). 
روى أبو داود عن أبي أمامة -رضي الله عنه- أن رسول الله -صلى الله عليه وسلم- قال 
أنا زعيم ببيت في ربض الجنة لمن ترك المراء وإن كان محقا، وببيت في وسط الجنة لمن ترك الكذب وإن كان مازحاً، وببيت في أعلى الجنة لمن حسَّن خُلُقَه 
رواه أبو داود، في كتاب: الأدب، باب:في حسن الخلق، رقم الحديث4800 

Dans ses paroles de sagesse l'Imam Malik disait: La discussion (inutile) (Al-jadal) n’est pas du tout de cette religion.La discussion (inutile) (Al-jidâl) dans les choses de la religion, engendre l’ostentation et assombri (ou détruit) la lumière de la science dans le coeur, elle provoque de même la dureté du cœur et la haine

Enfin, l’Islam est une religion simple et facile. Dieu et son Prophète (paix et salut sur lui) nous veulent la facilité et non la difficulté (comme cela est cité dans le Coran). 

Le conseil:

Pour se prémunir contre la maladie des questions inutiles et du waswâs, s'occuper par l'utile et par l'invocation de Dieu (Dhikr) reste le meilleur des remédes: 
L’imâm Malik (que Dieu l'agrée) rapporte que Jésus (paix sur lui) le fils de Marie (paix sur elle) disait : ne parlez pas trop sans mentionner le nom de Dieu (Dhikr), car vos cœurs s’endurcissent (par l’absence du Dhikr). Or le cœur dur est loin de Dieu, cependant vous ne savez pas. Ne jugez pas les vices des hommes comme si vous étiez des seigneurs ; plutôt jugez les vôtres en tant que serviteurs, car parmi les hommes il y a les châtiés (éprouvés) et les élus. Ainsi soyez pitoyables à l’égard des châtiés ; et louez Dieu pour le salut (de ne pas être parmi les châtiés) ».Rapporté par l’imâm Malik dans son Muwattaa, chapitre III des paroles qu’on répugne au cas où il n’est pas mentionné le Nom de Dieu, Livre 56. 
وحدثني مالك أنه بلغه أن عيسى ابن مريم كان يقول لا تكثروا الكلام بغير ذكر الله فتقسو قلوبكم فإن القلب القاسي بعيد من الله ولكن لا تعلمون 
ولا تنظروا في ذنوب الناس كأنكم أرباب وانظروا في ذنوبكم كأنكم عبيد فإنما الناس مبتلى ومعافى فارحموا أهل البلاء واحمدوا الله على العافية
رواه مالك في الموطأ باب ما يكره من الكلام بغير ذكر الله 

 

[1] Rapporté par Al hâfidh Abû Khaythama dans son livre " Kitan 'ilm" (21), rapporté par ad-Darimi( 137.p49/1) 

[2] Al-‘Imâdî, op. cit., 30-36; An-Nawawi, op. cit., 13-18; Ibn-as-Sâlih, op. cit., 71-85; Al-Qâsim, op. cit., 44-45.