De par ses objectifs unitaires et sa proximité géographique, l’OUA semblait plus apte que l’ONU à apporter une solution au dossier du Sahara Occidental. Les raisons de son échec.

C'est initialement l'ONU qui, à partir des années 1960, a pris en charge le traitement du dossier saharien. N'ayant pas réussi à proposer une solution appropriée au dossier, l'ONU a transféré le dossier du Sahara à l'OUA (l’Organisation de l'Unité Africaine, remplacée en 2002 par l’Union Africaine : UA) en considérant que celle-ci possédait les compétences requises pour résoudre le problème du « Sahara Occidental ».

Dans la mesure où l'OUA était est une institution africaine et dans la mesure où le problème du Sahara Occidental se situe sur le sol africain, il semblait en effet opportun de confier le dossier à l'OUA qui bénéficiait d'un regard privilégié grâce à une situation de proximité. D'autant plus que l'objectif essentiel du l'OUA était de favoriser et d'établir « l'union des pays d'Afrique », ce qui nécessitait en priorité de résorber les conflits dans lesquels certains états africains sont engagés, notamment entre le Maroc et l’Algérie soutenant la RASD.

Malgré cela, l’OUA n'a pas réussi à résoudre le problème du Sahara. Quatre raisons principales expliquent cet échec :

La première raison est que l'OUA a intégré la RASD parmi ses membres, or cette adhésion était incompatible avec les statuts de l'OUA puisque la Charte de l'OUA prévoit dans son article 4 que « seul un état africain indépendant et souverain peut devenir membre de l'organisation », ce qui n'est pas le cas de la RASD qui n'est pas un état et qui demeure en réalité sous la tutelle de l'Algérie. Cette décision regrettable ne pouvait manquer de choquer le Maroc qui figurait parmi les membres fondateurs de l'OUA, étant à ce titre l'un des décisionnaires de la Charte de l'OUA. Ainsi, en acceptant la candidature de la RASD, l'OUA entrait directement en contradiction et en opposition avec la volonté du Maroc, d'autant plus que la RASD était en conflit avec le Maroc à propos du Sahara Occidental. Dans ces conditions, c'est à dire en apportant un soutien manifeste et injustifié à une entité en rivalité avec le Maroc, il s'avérait difficile pour l'OUA de proposer une solution au problème du Sahara Occidental que le Maroc pût accepter.

La seconde raison est que l'OUA a été perméable aux idéologies anticolonialistes ambiantes qui prévalaient dans le contexte international durant les années 1970. L'OUA apporta son soutien à des mouvements de libération nationalistes dont le Front Polisario qui prétendait déjà lutter pour la liberté des habitants du Sahara Occidental contre le Maroc. Le Maroc fut considéré à tort comme un état colonialiste désirant étendre son hégémonie sur les territoires du Sahara alors que le Maroc désirait en réalité récupérer légitimement cette partie de son territoire que l'Espagne lui avait spoliée. L'influence de l'idéologie anticolonialiste sur l'OUA eut pour conséquence que cette dernière développa une appréciation erronée sur le dossier du Sahara, de telle sorte que le Maroc ne put accepter les perspectives promues par l'OUA pour apporter une solution à ce problème.

La troisième raison est qu'en ayant négligé le principe de neutralité et en ayant même opté pour une partialité manifeste dans le traitement du dossier du Sahara, l'OUA n'a pas tenu compte des bonnes intentions que le Maroc avait exprimées en 1981 à Nairobi en donnant son accord pour un référendum pour l'autodétermination du « Sahara Occidental ». Cette attitude de l'OUA était révélatrice de sa préférence pour donner satisfaction aux revendications de la RASD plutôt qu'aux revendications du Maroc, ce qui ne pouvait permettre à l'OUA d'apaiser le conflit entre le Maroc et la RASD.

La quatrième raison de l’échec de l’Union Africaine résulte de son implication politique, exprimant ouvertement son soutien à la RASD « et à la lutte menée par le Front Polisario pour la libération du Sahara Occidental » le 16 décembre 2011, lors du 13ème congrès du Polisario à Tifariti. Le représentant de la Commission de l’UA,  Diallo Boubacar, y exprimait « le soutien de la Commission africaine à la lutte menée par le Front Polisario pour la libération du Sahara occidental », tout en accablant le Maroc d'avoir voulu, selon lui, compromettre la réalisation du référendum d'autodétermination. Par conséquent, en se positionnant ainsi de manière manifeste contre le Maroc, l’Union Africaine perdait sa neutralité et par là-même sa légitimité pour prétendre tenir un rôle dans la résolution du conflit du Sahara.

En sacrifiant sa neutralité et en s'impliquant politiquement contre le Maroc, l'UA a démontré qu'elle était dans l'incapacité de résoudre le problème du Sahara. Le dossier a donc été renvoyé à l'ONU. Ce sera par la suite le Maroc lui-même qui, sollicité par l'ONU, formulera la proposition la plus adaptée pour la résolution du dossier, en proposant un plan d'autonomie élargie pour les provinces du sud du Maroc.

 

F. ARMAND pour yawatani.com