Le jeune Mustapha Mokass est très écouté à l’international. Son avis compte dans le domaine du climat et du développement durable.

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Le Forum économique mondial (WEF) vous a intégré dans sa liste, très restreinte, des « Young Global Leaders 2015 » (YGL). Votre réaction ?

Mustapha Mokass. J’ai été heureux de cette distinction à plusieurs égards. Déjà par rapport à l’institution qui m’en a fait l’honneur, à savoir le WEF. Une référence en terme de leadership. Aussi parce que les collègues des autres pays du monde, ce sont tous des personnes engagées ayant déjà prouvé un certain leadership. C’est donc motivant pour moi de pouvoir partager et d’échanger avec ces leaders.

Le WEF n’a fait que confirmer la reconnaissance dont vous jouissiez déjà au vu de vos multiples initiatives dont « Climate & Poverty Innovations », par exemple. 

Cette organisation est assez récente. Elle vient symboliser la mise en œuvre d’une vision qui consiste à lutter contre la pauvreté par l’entrepreneuriat. Concrètement, c’est une alternative aux dons.

Fonctionnez-vous comme un business angel ?

Il y a deux volets. Le premier concerne un accompagnement technique permettant de créer un business model innovant et alternatif pour lutter contre la pauvreté. Le second a trait à l’accompagnement financier qui consiste à trouver les bons partenaires à l’international autant publics que privés en vue d’accompagner les projets. Je donne comme exemple « Les terres d’Amanar » à Marrakech dont je suis cofondateur et qui emploie aujourd’hui entre 100 et 120 personnes du village de Tahnaout à plein temps. Pour ce projet, le rôle déterminant pour pérenniser le modèle, réside dans la patience et l’engagement assez remarquable dont ont fait preuve les actionnaires européens majoritaires. Aujourd’hui, c’est un modèle qui fonctionne. Par ailleurs, j’ai une structure de conseil, Beya Capital, qui est basée à Casablanca qui œuvre à mobiliser des financements internationaux, en particulier la finance climat et carbone. Cette structure est indépendante de la première qui est une Fondation dédiée au volet social des projets.

Vous êtes l’auteur de l’ouvrage intitulé « Comment amorcer le marché mondial de l’énergie propre ? ». Pensez-vous que le Maroc a bien amorcé ce marché ?

Tout a fait et c’est une grande fierté pour moi. Les programmes développés par notre pays depuis 2008 visant la production, à l’horizon 2020, de 2000 mégawats sur le solaire et autant sur l’éolien sont déjà une réussite. La preuve, lorsque je travaillais pour la Banque mondiale à Washington ou lors d’événements internationaux, le Maroc est présenté comme modèle. D’ailleurs, j’avais mené une mission d’audit au Maroc pour la Banque mondiale sur l’énergie solaire et j’étais agréablement surpris de découvrir que nous avons aujourd’hui du tourisme du solaire avec tous les experts qui viennent voir de près les projets marocains.

Quel est le gros projet sur lequel vous travaillez actuellement ?

Il y a différents projets, mais le plus gros c’est la conférence sur le climat qui va se dérouler en décembre prochain à Paris. Cet événement est fondamental pour traiter à l’international les émissions du carbone et mobiliser les financements pour ce qu’on appelle le « Fonds vert ». Ce fonds devra mobiliser quelque 100 milliards de dollars par an pour financer les secteurs de l’économie verte dans les pays en développement. Je contribue aujourd’hui dans ce dossier pour les Nations unies en vue de voir comment aider ce fonds mondial à mobiliser les ressources nécessaires.

——————–

* Mustapha Mokass est diplômé d’HEC Paris en développement durable (2004). Il a fait ses preuves en matière de montage financier innovant et de partage de risque (partenariat public-privé), au sein du programme des Nations unies pour l’environnement et de la Banque mondiale.

L’Observateur